Hôla manant !
Bienvenu à toi après cette longue période sans nouvelles. Beaucoup de choses se sont passées, et je t'en ferai part très bientôt.
Mais d'ici là, replongeons nous au XIIIème siècle, sur la construction du château médiéval de Guédelon dont je vous ai fait une visite rapide des lieux lors de mon dernier post.
Mon premier travail fut de rejoindre les bucherons. A cette époque, ceux-ci vivaient avec leur famille dans les bois, au plus près de leur source de travail.
Leur maisons étaient réalisées en terre crue, sur une structure de branchages empilés autour d'un arbre dont on avait coupé le sommet :
L'aménagement était plutôt spartiate, et la seule source de chaleur était la famille entière entassée sur une couche de paille. Les feux étaient fait à l'extérieur de l'abri ...
Ma première tâche est donc d'être fendeur. Je vais réaliser des bardeaux, c'est à dire des tuiles en bois qui serviront de couvertures aux diverses cabanes qui peuplent les forêts de Guédelon, et abritent les employés du bon seigneur.
La technique consiste à partir d'un rondin de bois d'environ 40cm de haut, et de le fendre en deux, puis de le refendre, jusqu'à obtenir une pièce d'une épaisseur de 5 ou 6mm.
Nous travaillons avec du châtaigner, car c'est l'essence la plus courante dans les bois qui nous entourent. Une telle chose ne serait jamais arrivée au XIIIème siècle, car c'était un arbre alimentaire. En effet, les châtaignes étaient utilisées pour faire de la farine, et par ces temps de disette, c'était un bien précieux.
Pour y arriver, 3 outils sont utilisés. Le billot sert de support, la massette sert d'outil de frappe, et le départoire, qui sert d'outil de fente.
Vous voyez ici le billot et la massette. Celle ci est une pièce de bois massive dans laquelle on a creusé le bois pour obtenir un manche.
Le départoire est consitué d'une lame horizontale et d'un manche vertical.
Cet outil ne s'affute jamais. Le simple fait de glisser entre les fibres du bois toujours dans le même sens maintient une lame aiguisée à travers le temps.
Voyez ici un bucheron qui a placé le départoire au milieu de sa pièce de bois, afin que la force d'écartement des fibres soit égale de chaque coté, ce qui permet de séparer sans casse les deux parties.
Le travail commence vers 9h30, nous sommes début mai, et la température est de 5°. La forêt est détrempée de la nuit, et se réveille doucement avec les chants des nombreuses espèces d'oiseaux qui peuple ces bois.
L'atmosphère de bruissements de foret émergents du silence est tout bonnement un pur plaisir. Ces moments de pure tranquillité sont éphémères, car la cohorte de visiteurs ne va pas tarder à s'avancer. Je savoure donc le temps qui s'arrête de défiler en ce moment.
Néanmoins, les bourasques de vent brassant l'air humide me rappellent vite à la réalité : il caille grave malgré les 6 épaisseurs de vêtements prévus pour l'occasion !!!
Qu'a cela ne tienne, le travail réchauffe très vite, et les épaules en prennent pour leur grade. Les pièces défilent dans un silence rythmé par les coup de massettes, et les rares pauses permettent de dégourdir les doigts crispés de fatigue sur le manche du départoire.
Les habitudes s'installent, et les mouvements se font de plus en plus précis au fil des heures. Petit à petit, la pile de bardeaux grimpe, et ce n'est qu'en fin de journée qu'on constate en l'observant de plus près que finalement, on en a fait un peu !
Allez, j'admet la tricherie : le tas était déjà bien fourni en arrivant.
Une discussion d'apothicaire entre bucherons nous amène à la conclusion que nous devons réaliser chacun une petite centaine de bardeaux dans la journée.
A coté de nous travaille un autre bucheron. Lui réalise les lattes qui seront utilisées sur la charpente pour tenir les tuiles. Cette tâche est très difficile, car la technique pour arriver à fendre sur une telle longueur nécessite de longues heures de pratique.
Le rendement de ce type de travail ferait pâlir un écologiste : 85% de perte environ lors de la fabrication de lattes ! Mais pour bâtir un château digne de ce nom, il faut ce qu'il faut ...
Voilà mes amis, comment les bucherons produisaient les matériaux de construction au XIIIème siècle.
Ce matériel sera transporté aux charpentiers grace aux routiers de Guédelon :
Voici la fin de cette première partie consacrée aux fendeurs.
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à découvrir comment a évolué cette technique de couverture en tuile de bois à travers cette superbe page dédiée au tavailloneurs : Les Tavaillons dans le Haut-Jura .
Dans mon prochain post, je vous raconterai la suite de mon apprentissage du métier de bucheron : j'irai travailler cette fois ci auprès les équarisseurs !
Que le vent vous porte !
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mercredi 11 août 2010
vendredi 18 décembre 2009
La pose de bardeaux, stage de friture !
Bonjour à tous et bienvenue une fois de plus sur mon blog !
Vous vous souvenez surement de mon dernier chantier participatif à Dremil Lafarge au cours duquel j'ai travaillé avec Sébastien à isoler sa toiture avec des bottes de pailles.
Celui ci m'a parlé du charpentier et ami qui a réalisé sa charpente. Il m'a également parlé de plusieurs association toulousaines gravitant dans le monde de l'éco-construction et tout un tas d'autre domaines.
Une de ces associations, Friture, propose notamment des stages pratiques, sur la construction d'ossatures bois, de toilettes sèches, et tout un tas d'autres sujet gravitant autour de ces domaines.
Après un peu de navigations sur les sites web de ces associations, j'ai découvert que le prochain stage en date était la mise en œuvre d’une couverture en bardeaux sciés et ventilés.
Ni une ni deux, voilà votre dévoué serviteur inscrit, et qui se présente à la ferme pédagogique de Bouzigue, lieu où se déroule le stage.
La demi-douzaine de stagiaires arrivent au compte goutte, et visiblement beaucoup de monde se connais déjà.
Une majorité d'entre eux est actif dans le tissu associatif local, où ils se côtoient régulièrement.
La matinée fus consacrée à la partie théorique dont voici un résumé succin :
"Le bardeau est un revêtement permettant de protéger des intempéries les toitures et les façades"
Dans le cas qui nous concerne, nous allons aborder le bardeau de bois (bien sur) employé à la couverture du pan de toit d'une petite construction qui servira de buvette ou lieu d'accueil pour de futures manifestations.
La première moitié de la journée est consacrée à la partie théorique : les bardeaux, leur histoire, leur utilisation encore, principalement dans certains canton suisses sous le nom de tavillon.
Nous avons également regardé une video (pluie oblige) montrant les tavillonneurs suisse au travail.
C'est un travail d'orfèvre qui démarre sur l'arbre encore sur pied. Soigneusement sélectionné, il est abattu, débité, puis les tavaillons sont fendus en suivant la fibre, et entreposés pour séchage.
Bien entendu, tout ce travail est fait avec les outils de l'ancien temps et les méthodes qui s'y rapportent.
Les ventres criant famine ( mais pas à cause du travail abattu en cette pluvieuse matinée) obtiennent finalement gain de cause, et nous nous dirigeons vers la cuisine.
La nous attends un repas bio dont voici un succin résumé :

Boisson à base d'ortie en guise d'apéritif, puis soupe d'orties agrémentée de graines grillées.
S'en suis une série de tourtes maison comprenant des orties de nouveau, ainsi que du potiron, des légumes divers, une tourte agrémentée de roquefort et de noix, ainsi que diverses salades.
Ce repas fut un délice du début à la fin. C'est assez surprennant de voir la varité de choses que l'on peut faire avec la production locale et un peu de savoir faire.
Les discussions vont bon train, à gauche sur les divers voyages au tour du monde sans le sou par les globe trotters, à droite sur la dernière fournée de pain bio réalisé par l'un des convives dans un four restauré dans squat pas très loin.
Cette expérience fu assez troublante, car je me sentais vraiment venir d'un autre monde. Ici, la simplicité et l'humanité règne.
L'un des participants a fait dans la pub pour une grande boite parisienne pendant 10 ans. Il a tout laché, et me raconte qu'il n'a pas eu une seule journée d'emplois salariée depuis 3 ans, et pourtant il vie une vie bien remplie.
Tout cela me fait bien un peu réver, mais je ne suis pas encore assez ouvert d'esprit pour m'y voir toute la vie.
Une fois tous ces mets engloutis, et ces histoires en têtes, nous pointons le nez dehors pour constater que les nuages ont terminé leur travail. Nous allons enfin pouvoir commencer le notre.
Deux ateliers furent montés pour réaliser le travail : la découpe des bardeaux, et la pose.
Le stand de découpe par de planches d'environ 4 mètres qui sont découpées, et percées :
Le perçage est nécessaire, car les clous sont posés, comme nous le verrons plus loin, assez près du bord, et donc le bardeau se fend si on tente de clouer directement.
Non loin de la, les apprentis charpentiers s'activent à la pose.
Le principe d'une toiture en barbeaux est de superposer des bardeaux de manière à ce que l'eau s'écoule sans jamais traverser la toiture.

Nous voyons ici les deux litteaux (longue pièces de bois de petite section presque carré) qui soutiennnt chaque bardeau. Un en tête, et un autre quarante centimètres plus bas.
La toiture se monte donc du bas vers le haut.
Entre deux bardeaux, il doit y avoir un écart (règlementaire de 6mm). Dans notre cas, nous travaillons avec du bois encore très humide, nous ne laissons pas d'espace.
Une fois le bois plus sec, il va se rétracter en largeur (mais pas en longueur), créant ainsi cet espace.
Les bardeaux étant décalés d'une couche à l'autre, l'eau peux ruisseler jusqu'au sol sans traverser le toit :
Voici une vue de travers montrant le système d'empilement des couches :

Le soleil commence à décliner, et la fraicheur arrive, la journée touche à sa fin.
Le résultat final est plutôt réussi, et surtout il met en relief la video vue le matin, dans laquelle des chef d'oeuvres de toitures étaient exposées, et c'est à ce moment qu'on prends conscience de la qualité incroyable du travail des tavillonneurs suisses, et surtout de la modestie du notre !
Voici quelques photos de ces oeuvres :
Selon la tradition, chaque portion de toit est recouverte par pas moins de neuf couches de bois !
Les tavaillons se superposent trois fois latéralement, et trois fois verticalement.
La quantité de travail nécessaire pour réaliser une toiture est inimaginable, comme le laisse supposer cette photo :
Voici pour finir une superbe video d'époque montrant un tavilloneur à l'oeuvre :
http://archives.tsr.ch/dossier-metiers/construction-tavillon
Une nouvelle expérience s'ajoute à mon carnet de voyage. Celle-ci fû également faite de nouvelles rencontres : un charpentier qui se spécialise dans l'éco-construction, une association qui organise des formations théoriques et pratiques, une ferme eco-citoyenne, et des aventuriers de la vie !
Les discussions de la journée m'ont de nouveau mises sur la piste des Compagnons du devoir du tour de France. Il semble qu'il soit possible de suivre des formations en charpente auprès d'eux.
Je note donc sur mon carnet de voyage qu'une étape du coté du compagnonnage serait surement très instructive et utile pour me guider sur la route.
Je vous quitte donc une fois de plus avec de nouvelles destinations en tête, et c'est bien là l'essentiel dans un voyage, d'avoir une nouvelle destination en vue !
Vous vous souvenez surement de mon dernier chantier participatif à Dremil Lafarge au cours duquel j'ai travaillé avec Sébastien à isoler sa toiture avec des bottes de pailles.
Celui ci m'a parlé du charpentier et ami qui a réalisé sa charpente. Il m'a également parlé de plusieurs association toulousaines gravitant dans le monde de l'éco-construction et tout un tas d'autre domaines.
Une de ces associations, Friture, propose notamment des stages pratiques, sur la construction d'ossatures bois, de toilettes sèches, et tout un tas d'autres sujet gravitant autour de ces domaines.
Après un peu de navigations sur les sites web de ces associations, j'ai découvert que le prochain stage en date était la mise en œuvre d’une couverture en bardeaux sciés et ventilés.
Ni une ni deux, voilà votre dévoué serviteur inscrit, et qui se présente à la ferme pédagogique de Bouzigue, lieu où se déroule le stage.
"Un lieu ressource pour les associations de promotion à l’éducation à l’environnement ", c'est en ces mots que se présente la ferme de Bouzigue en ajoutant : " Elle contribue à créer une dynamique locale, à favoriser un développement socio-culturel autour d’animation et d’activité en accord avec l’objet de l’association."
Cette ferme est une bâtisse ancienne, au style bien particulier des campagnes toulousaines, qui nous accueille par cette matinée humide et grisâtre.
La demi-douzaine de stagiaires arrivent au compte goutte, et visiblement beaucoup de monde se connais déjà.
Une majorité d'entre eux est actif dans le tissu associatif local, où ils se côtoient régulièrement.
La matinée fus consacrée à la partie théorique dont voici un résumé succin :
"Le bardeau est un revêtement permettant de protéger des intempéries les toitures et les façades"
Dans le cas qui nous concerne, nous allons aborder le bardeau de bois (bien sur) employé à la couverture du pan de toit d'une petite construction qui servira de buvette ou lieu d'accueil pour de futures manifestations.
La première moitié de la journée est consacrée à la partie théorique : les bardeaux, leur histoire, leur utilisation encore, principalement dans certains canton suisses sous le nom de tavillon.
Nous avons également regardé une video (pluie oblige) montrant les tavillonneurs suisse au travail.
C'est un travail d'orfèvre qui démarre sur l'arbre encore sur pied. Soigneusement sélectionné, il est abattu, débité, puis les tavaillons sont fendus en suivant la fibre, et entreposés pour séchage.
Bien entendu, tout ce travail est fait avec les outils de l'ancien temps et les méthodes qui s'y rapportent.
Les ventres criant famine ( mais pas à cause du travail abattu en cette pluvieuse matinée) obtiennent finalement gain de cause, et nous nous dirigeons vers la cuisine.
La nous attends un repas bio dont voici un succin résumé :
Boisson à base d'ortie en guise d'apéritif, puis soupe d'orties agrémentée de graines grillées.
S'en suis une série de tourtes maison comprenant des orties de nouveau, ainsi que du potiron, des légumes divers, une tourte agrémentée de roquefort et de noix, ainsi que diverses salades.
Ce repas fut un délice du début à la fin. C'est assez surprennant de voir la varité de choses que l'on peut faire avec la production locale et un peu de savoir faire.
Les discussions vont bon train, à gauche sur les divers voyages au tour du monde sans le sou par les globe trotters, à droite sur la dernière fournée de pain bio réalisé par l'un des convives dans un four restauré dans squat pas très loin.
Cette expérience fu assez troublante, car je me sentais vraiment venir d'un autre monde. Ici, la simplicité et l'humanité règne.
L'un des participants a fait dans la pub pour une grande boite parisienne pendant 10 ans. Il a tout laché, et me raconte qu'il n'a pas eu une seule journée d'emplois salariée depuis 3 ans, et pourtant il vie une vie bien remplie.
Tout cela me fait bien un peu réver, mais je ne suis pas encore assez ouvert d'esprit pour m'y voir toute la vie.
Une fois tous ces mets engloutis, et ces histoires en têtes, nous pointons le nez dehors pour constater que les nuages ont terminé leur travail. Nous allons enfin pouvoir commencer le notre.
Deux ateliers furent montés pour réaliser le travail : la découpe des bardeaux, et la pose.
Le stand de découpe par de planches d'environ 4 mètres qui sont découpées, et percées :
Le perçage est nécessaire, car les clous sont posés, comme nous le verrons plus loin, assez près du bord, et donc le bardeau se fend si on tente de clouer directement.
Non loin de la, les apprentis charpentiers s'activent à la pose.
Le principe d'une toiture en barbeaux est de superposer des bardeaux de manière à ce que l'eau s'écoule sans jamais traverser la toiture.
Nous voyons ici les deux litteaux (longue pièces de bois de petite section presque carré) qui soutiennnt chaque bardeau. Un en tête, et un autre quarante centimètres plus bas.
La toiture se monte donc du bas vers le haut.
Entre deux bardeaux, il doit y avoir un écart (règlementaire de 6mm). Dans notre cas, nous travaillons avec du bois encore très humide, nous ne laissons pas d'espace.
Une fois le bois plus sec, il va se rétracter en largeur (mais pas en longueur), créant ainsi cet espace.
Les bardeaux étant décalés d'une couche à l'autre, l'eau peux ruisseler jusqu'au sol sans traverser le toit :
Voici une vue de travers montrant le système d'empilement des couches :
Le soleil commence à décliner, et la fraicheur arrive, la journée touche à sa fin.
Le résultat final est plutôt réussi, et surtout il met en relief la video vue le matin, dans laquelle des chef d'oeuvres de toitures étaient exposées, et c'est à ce moment qu'on prends conscience de la qualité incroyable du travail des tavillonneurs suisses, et surtout de la modestie du notre !
Voici quelques photos de ces oeuvres :
Selon la tradition, chaque portion de toit est recouverte par pas moins de neuf couches de bois !
Les tavaillons se superposent trois fois latéralement, et trois fois verticalement.
La quantité de travail nécessaire pour réaliser une toiture est inimaginable, comme le laisse supposer cette photo :
Voici pour finir une superbe video d'époque montrant un tavilloneur à l'oeuvre :
http://archives.tsr.ch/dossier-metiers/construction-tavillon
Une nouvelle expérience s'ajoute à mon carnet de voyage. Celle-ci fû également faite de nouvelles rencontres : un charpentier qui se spécialise dans l'éco-construction, une association qui organise des formations théoriques et pratiques, une ferme eco-citoyenne, et des aventuriers de la vie !
Les discussions de la journée m'ont de nouveau mises sur la piste des Compagnons du devoir du tour de France. Il semble qu'il soit possible de suivre des formations en charpente auprès d'eux.
Je note donc sur mon carnet de voyage qu'une étape du coté du compagnonnage serait surement très instructive et utile pour me guider sur la route.
Je vous quitte donc une fois de plus avec de nouvelles destinations en tête, et c'est bien là l'essentiel dans un voyage, d'avoir une nouvelle destination en vue !
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